Sans Idées Fixes


Introduction A La Décroissance : Nicholas Georgescu-Roegen
août 8, 2008, 3:47
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Nicholas Georgescu-Roegen est un économiste roumain. Il est (peu) connu pour son rôle dans la théorie économique de la décroissance. Son grand mérite a été d’introduire la deuxième principe de la thermodynamique (loi de l’entropie) dans l’économie. En effet, bien que de nombreux économistes proposent de brillantes théories, peu proposent des théories radicalement différentes. La tendance actuelle est basée sur ce qu’on pourrait appeler la physique classique newtonienne : peu de flexibilité, pas de prise en compte de l’évolution. Mais c’est surtout une économie anthropocentrique. Ce que propose Nicholas Georgescu-Roegen c’est d’introduire la notion fondamentale d’entropie dans l’économie (notion introduite par Clausius en 1865 !).

Cette notion, loin d’être évidente même pour les physiciens, peut-être appréhendée comme une mesure du désordre. Georgescu-Roegen donne une illustration simple de la loi d’entropie : « La chaleur ne s’écoule d’elle-même que du corps le plus chaud vers le corps le plus froid, jamais en sens inverse ». Nous voyons ainsi apparaître le fait qu’on ne peut tirer de l’énergie que de certains corps, ceux de basse entropie, dont l’utilisation fait augmenter l’entropie jusqu’à ce qu’ils soient inutilisables (le corps chaud est utilisé pour chauffer le corps froid, mais il ne peut pas le faire indéfiniment).

Ceci peut-être transposé à l’économie lorsqu’on transforme des produits de basse entropie en déchets à haute entropie. Mais si on considère la source d’entropie utilisable par l’homme, la biosphère, on voit tout de suite qu’elle est limitée. Le problème de la vision économique classique, comme nous l’avons déjà dit, est qu’elle est basée sur la maximisation de nos profits (l’homme est au centre de la théorie). Elle ne prend pas en compte la place de l’homme dans cette biosphère. Il faudrait donc un changement de paradigme qui ferait se recentrer l’économie sur cette biosphère (que certains appellent Gaïa). Si l’on pose le problème dans ce nouveau contexte, la source d’entropie étant limitée, une croissance soutenable n’a donc aucun sens. S’impose donc très logiquement la décroissance.

Pour finir cette courte introduction, voici une liste d’auteurs pour ceux qui sont intéressés :

Nicholas Georgescu-Roegen bien sûr et notamment son livre La décroissance que l’on peut même trouver en ligne à l’adresse suivante : http://classiques.uqac.ca/contemporains/georgescu_roegen_nicolas/decroissance/decroissance.html

Jacques Grinevald qui a écrit de nombreux livres autour de la révolution carnotienne. C’est l’un des grands traducteurs de l’oeuvre de Nicholas Georgescu-Roegen en France.

James Lovelock qui est un des pères et des grands inquisiteurs de la théorie Gaïa

Fritjof Capra dont je recommande le livre « The Web Of Life » (voir mon avis sur le livre), livre qui introduite notamment la théorie Gaïa

Cette article a été réalisé à partir d’un article de Jacques Grinevald que vous pouvez obtenir à l’adresse suivante : http://www.decroissance.org/?chemin=textes

J’en profite pour donner quelques liens sur la décroissance :

http://www.decroissance.org/?chemin=accueil

http://www.liberationdeladecroissance.fr/

http://classiques.uqac.ca/contemporains/georgescu_roegen_nicolas/decroissance/decroissance.html



Mécanisation Et Esclavage
juillet 26, 2008, 8:29
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La mécanisation de l’économie prend part à l’esclavage, disait Norbert Wiener. Il ajoutait qu’elle mènerait sans aucun doute à du chômage et à une instabilité économique.
Précisément, cet homme, à l’origine de la cybernétique expliquait :

« Let us remember that the automatic machine, whatever we think of any feelings it may have or may not have, is the precise economic equivalent of slave labor. Any labor which competes with slave labor must accept the economic conditions of slave labor. It is perfectly clear that this will produce an unemployment situation, in comparison with which the present recession and even the depression of the thirties will seem a pleasant joke »

soit, pour les non-anglophones,

« Il faut avoir à l’esprit que les machines automatisées, quoiqu’on puisse penser des sentiments qu’elles puissent ou pas avoir, est l’équivalent économique de l’esclavage. N’importe quel travail qui entre en compétition avec l’esclavage doit en accepter les conditions économiques. Cela va sans aucun doute conduire à une situation de fort chômage, en comparaison de laquelle la présente situation et même la dépression des années 30 ressembleront à de vulgaires blagues ».

Une vision très lucide des conséquences de son travail et c’était il y a 70 ans !

Effectivement, aujourd’hui, on observe une mécanisation des postes, des travaux qui pourraient être effectués par des hommes ou femmes sont de plus en plus confiés à des machines. Au départ, c’était les travaux ne requérant que peu de qualifications. Après les paiements par carte à la station essence, c’est au tour des caissiers et caissières d’être remplacés par des caisses automatiques où le client scanne lui-même ces articles. La carte de crédit a ouvert la voie à ces centrales d’achats automatiques, permettant de se passer d’employés humains à certains postes. Mais cette mécanisation ou informatisation s’étend à d’autres postes.

Mais les machines ont aussi remplacées les ouvriers dans les chaînes de production.
Les machines sont plus rapides, plus pratiques mais les mettre sur un pied d’estal c’est oublier le côté humain : réagir à des situations que les machines ne savent même pas analyser, prendre des décisions basées sur le contexte et sur des arguments sensitifs et émotionnels. Le simple fait de comparer les machines aux humains (ce que je fais un peu ici d’ailleurs) est d’ailleurs déjà perturbant lorsqu’on prend un peu de recul, pour le lecteur comme pour le rédacteur (donc pour moi). Que s’est-il passé pour que nous en soyons rendus là ? Les machines sont au service des hommes, elles n’ont absolument pas le but de les remplacer, ou en tout cas, ne devraient pas être destinées à ça. Beaucoup oublie cet aspect.

Les machines ont aussi remplacés les humains pour des travaux dangereux ou répétitifs. C’est une bonne chose, mais il faudrait que ceux qui ont été remplacés aient le choix, qu’ils soient accompagnés pour retrouver du travail et qu’il leur soit proposé une formation pour repartir dans une autre voie.



Travailler Moins Pour Vivre Mieux
juillet 26, 2008, 8:21
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« Travailler plus pour gagner plus »
Cette phrase nous a été sermonnée il n’y a pas si longtemps. Rabâchée par les médias, comme si on ne l’entendait pas assez de la bouche de son auteur, c’est devenu le nouveau fer de lance de la politique actuelle.

La réalité est que chacun a une réalité différente. Certaines personnes vont vouloir travailler plus pour gagner plus, tout simplement parce que les frais incompressibles (impôts …) consomment déjà une grosse part de leur budget. Lorsqu’on prône « travailler moins pour vivre mieux », les principales critiques sont basées sur le fait que c’est une nécessité pour certains de gagner plus, pour acheter à manger et pour d’autres dépenses essentielles. Certains disent « si vous voulez vivre comme ça, c’est votre choix mais ne l’imposez pas aux autres ». Très juste, mais pourquoi alors imposer un « travailler plus pour gagner plus » à ceux qui ne le veulent pas ? D’autres ajoutent que en travaillant moins, on vit sur le dos de ce qui travaillent plus. Ceci est basé sur le fait qu’on considère le travail comme inhérent à la nature humaine, et ceux qui ne travaillent pas sont alors vu comme des « feignasses », des fils à papa gâtés qui peuvent se permettent de travailler moins.
Chacun devrait être libre de choisir. Ceux qui veulent travailler plus le font, ceux qui veulent travailler moins devraient pouvoir le faire aussi.

Si je laisse de côté ceux qui veulent gagner plus pour assouvir les besoins essentiels, pour vivre correctement, la première motivation de gagner plus est d’assouvir notre besoin de consommation. Acheter une télé plasma, un beau frigo américain, des beaux meubles IKEA … Bien sûr, il y a la satisfaction à l’achat : « elle est vraiment bien cette télé, j’ai bien fait d’économiser un peu » voire un sentiment sous-jacent de fierté d’avoir payer ça en faisant quelques sacrifices, en travaillant plus donc en sacrifiant du temps, de l’énergie (une sorte de masochisme moderne ?). Mais au final on est content. Le problème est que la plupart de ces biens sont jetables au sens où quelques années plus tard voire quelques mois plus tard, nous éprouverons le même besoin compulsif d’acheter leurs successeurs. D’où une fuite en avant sans fin vers la consommation.

Mais qu’est-ce que cela nous a apporté en plus ? Sommes-nous plus heureux pour autant parce que nous possédons le dernier iPhone ?
Chacun est libre de se placer son bonheur où il veut, consommer rend sûrement beaucoup d’entre nous heureux. Il faut juste que cela soit clair pour tous, qu’on puisse regarder en arrière et dire « oui, cela m’a effectivement rendu plus heureux » ou « objectivement, j’aurais mieux fait de passer plus de temps avec mes proches plutôt que de me dépenser dans le travail ». On a souvent du mal (moi le premier) à reconnaître ses erreurs. C’est très blessant de se dire, a posteriori, qu’on a fait les mauvais choix. Mais le reconnaître est, à mon avis, un premier pas vers une vie plus saine et plus satisfaisante.
A chacun de choisir sa voie.