Pour ceux qui veulent avoir le plaisir de découvrir une définition claire de la vie, Fritjof Capra nous présente ici un voyage passionnant à travers les différentes théories du vivant. Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les connaissances scientifiques actuelles (enfin en 1997 et cela évolue cite dans ce domaine) est synthétisé dans ce livre avec un style prenant. Il réussit à nous introduire des théories avancées avec des mots simples et des exemples convaincants.
A lire absolument pour tout ceux qui se demande « qu’est-ce que la vie ? » !
A noter que les articles l’évolution en une semaine et mécanisation et esclavage ont été inspirés de ce livre.
Ce qui suit est une description un peu plus détaillé du contenu du livre : à lire si cela vous intéresse mais à éviter si vous comptez lire le livre !
Dans une première partie, il présente la révolution scientifique qui a eu lieu pendant la deuxième moitié du XXe siècle. Ce qu’on appelle le « Nouveau Paradigme » a ainsi supplanté petit à petit la vision machiniste de Descartes. Celui-ci basé sa fameuse méthode sur la dissection d’un problème en sous-problèmes pour mieux comprendre l’ensemble. Le Nouveau Paradigme fait le contraire : l’étude des sous-parties ne permet pas de comprendre entièrement le fonctionnement du tout. C’est le tout qui donne un sens à ces constituants. Le problème a été déplacé d’un modèle « entités » à un modèle « relationnel » qui explicite les coopérations et les relations entre les entités. La notion d’objet ou d’entité n’a qu’un sens arbitraire au sens où la distinction dépend de l’observateur, en dépit de l’objectivité que l’on voudrait bien accorder à le méthode cartésienne. Ainsi, dans le modèle relationnel, considéré un objet c’est considéré un ou plusieurs noeuds auxquels aboutissent des relations. Cependant, qu’est-ce qui nous permet de retenir un noeud plutôt qu’un autre, un ensemble plutôt qu’un autre ? Tout est question de niveau, chaque niveau regroupant des relations et ayant de propriétés que n’ont pas les niveaux inférieurs, propriétés que l’on dit « émergentes ».
L’exemple que donne Capra est le suivant : un professeur de physique qui veut initier ses élèves à la gravité, va faire tomber un poids d’une certaine hauteur et annoncer qu’il peut connaître le temps que mettra cet objet à atteindre le sol grâce aux équations de la physique et notamment les lois de Newton. Dans un calcul simple, il néglige la résistance de l’air et obtient un résultat approximatif mais près de la réalité. S’il veut aller plus loin, il rajoutera un terme pour prendre en compte la résistance de l’air. Le résultat sera plus précis mais pas absolument juste. En effet, la résistance de l’air dépend de la température et de la pression. Que le professeur peut prendre en compte en rajoutant encore des termes. Mais le résultat serait toujours approché. En effet, la résistance de l’air dépend aussi du déplacement des particules d’air dans la salle de classe. Ce déplacement dépend d’une multitude de facteur : fenêtre ouverte, ventilation, respiration des élèves. A ce point, le calcul devient trop complexe si l’on veut prendre en compte tous ces paramètres et l’on voit bien que l’expérimentateur choisit les paramètres qu’il considère arbitrairement parmi les relations entre les données du problèmes.
C’est donc un « changement de paradigme » auquel nous avons à faire. Cela a conduit à l’apparition de nouvelles sciences basées sur les relations et non les objets. La cybernétique, pour ne citer qu’elle, en est un bon exemple. Cette période (années 1940 – milieu du XXe siècle) est aussi propice à l’apparition de nouvelles notions telles les feedbacks (rétroactions) qui bien que déjà utilisés dans le moteur à vapeur, n’avaient jamais été explicités, voire avaient été utilisés sans s’en rendre compte. L’homme à l’origine de cette nouvelle science, Norbert Wiener, prévoyait déjà les dangers d’une telle science et disait :
« Let us remember that the automatic machine, whatever we think of any feelings it may have or may not have, is the precise economic equivalent of slave labor. Any labor which competes with slave labor must accept the economic conditions of slave labor. It is perfectly clear that this will produce an unemployment situation, in comparison with which the present recession and even the depression of the thirties will seem a pleasant joke »
soit, pour les non-anglophones,
« Il faut avoir à l’esprit que les machines automatisées, quoiqu’on puisse penser des sentiments qu’elles puissent ou pas avoir, est l’équivalent économique de l’esclavage. N’importe quel travail qui entre en compétition avec l’esclavage doit en accepter les conditions économiques. Cela va sans aucun doute conduire à une situation de fort chômage, en comparaison de laquelle la présente situation et même la dépression des années 30 ressembleront à de vulgaires blagues ».
Que rajouter à ça ? Si ce n’est un portrait plus ou moins bon de la situation actuelle, fait il y a 70 ans de ça ! Bien sûr, le chômage n’a pas explosé, mais le problème de la mécanisation et de l’augmentation du chômage sont bien liés. Quel chef d’entreprise purement rationnel ne voudrait pas remplacer son ouvrier syndicaliste par une machine qui fait ce qu’on lui demande, sans broncher, plus longtemps, sans droits ? A cela, on peut rajouter la forte utilisation militaire de la cybernétique (ce sont d’ailleurs les militaires qui ont financé les premières recherches dans ce domaine). On peut à nouveau citer Wiener :
« We have contributed to the initiation of a new science which [...] embraces technical developments with great possibilities for good and evil. »
« Nous avons contribué à l’apparition d’une nouvelle science qui [...] contient des développements techniques offrant des possibilités incroyables pour le bien et le mal. »
Dans une seconde partie, il définit trois composants fondamentales de la vie. Ses composants sont caractéristiques de toute forme de vie. S’il manque alors on ne peut pas qualifier le système correspondant de vivant. Ses trois composants sont un schéma des relations qui lient les composants du système et qui en définit les caractéristiques, une structure qui est la réalisation physique du schéma des relations et un processus vivant qui définit l’activité permettant au système de constamment réaliser physiquement le schéma des relations, de maintenir la réalisation physique de ce schéma.
Plus en détails, il choisit l’autopoeisis comme schéma des relations, une structure dissipative pour la réalisation de ce schéma et la cognition comme processus vivant.
Rapidement, pour présenter ces trois concepts (beaucoup d’informations sont disponibles sur internet à leurs sujets) :
- l’autopoeisis est l’auto-organisation d’un système : les composants du système sont produits par des composants qu’ils ont eux-mêmes produits (notez que cela implique un système organisationnellement fermé)
- une structure dissipative est une structure loin de l’équilibre thermodynamique et qui échange de la matière avec l’extérieur
- la cognition est le processus d’apprentissage
Ceux qui ont suivi peuvent avoir remarqué la contradiction entre les deux premiers points : organisationnellement fermé et traversé par un échange de matière.
Capra donne l’exemple du tourbillon d’eau lorsqu’on vide la baignoire pour expliquer cela : un tourbillon est stable au niveau de sa structure mais est pourtant traversé par un flux de matière important (de l’eau en l’occurence).
Pas encore de commentaires jusqu'à présent
Laisser un commentaire
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>