« Travailler plus pour gagner plus »
Cette phrase nous a été sermonnée il n’y a pas si longtemps. Rabâchée par les médias, comme si on ne l’entendait pas assez de la bouche de son auteur, c’est devenu le nouveau fer de lance de la politique actuelle.
La réalité est que chacun a une réalité différente. Certaines personnes vont vouloir travailler plus pour gagner plus, tout simplement parce que les frais incompressibles (impôts …) consomment déjà une grosse part de leur budget. Lorsqu’on prône « travailler moins pour vivre mieux », les principales critiques sont basées sur le fait que c’est une nécessité pour certains de gagner plus, pour acheter à manger et pour d’autres dépenses essentielles. Certains disent « si vous voulez vivre comme ça, c’est votre choix mais ne l’imposez pas aux autres ». Très juste, mais pourquoi alors imposer un « travailler plus pour gagner plus » à ceux qui ne le veulent pas ? D’autres ajoutent que en travaillant moins, on vit sur le dos de ce qui travaillent plus. Ceci est basé sur le fait qu’on considère le travail comme inhérent à la nature humaine, et ceux qui ne travaillent pas sont alors vu comme des « feignasses », des fils à papa gâtés qui peuvent se permettent de travailler moins.
Chacun devrait être libre de choisir. Ceux qui veulent travailler plus le font, ceux qui veulent travailler moins devraient pouvoir le faire aussi.
Si je laisse de côté ceux qui veulent gagner plus pour assouvir les besoins essentiels, pour vivre correctement, la première motivation de gagner plus est d’assouvir notre besoin de consommation. Acheter une télé plasma, un beau frigo américain, des beaux meubles IKEA … Bien sûr, il y a la satisfaction à l’achat : « elle est vraiment bien cette télé, j’ai bien fait d’économiser un peu » voire un sentiment sous-jacent de fierté d’avoir payer ça en faisant quelques sacrifices, en travaillant plus donc en sacrifiant du temps, de l’énergie (une sorte de masochisme moderne ?). Mais au final on est content. Le problème est que la plupart de ces biens sont jetables au sens où quelques années plus tard voire quelques mois plus tard, nous éprouverons le même besoin compulsif d’acheter leurs successeurs. D’où une fuite en avant sans fin vers la consommation.
Mais qu’est-ce que cela nous a apporté en plus ? Sommes-nous plus heureux pour autant parce que nous possédons le dernier iPhone ?
Chacun est libre de se placer son bonheur où il veut, consommer rend sûrement beaucoup d’entre nous heureux. Il faut juste que cela soit clair pour tous, qu’on puisse regarder en arrière et dire « oui, cela m’a effectivement rendu plus heureux » ou « objectivement, j’aurais mieux fait de passer plus de temps avec mes proches plutôt que de me dépenser dans le travail ». On a souvent du mal (moi le premier) à reconnaître ses erreurs. C’est très blessant de se dire, a posteriori, qu’on a fait les mauvais choix. Mais le reconnaître est, à mon avis, un premier pas vers une vie plus saine et plus satisfaisante.
A chacun de choisir sa voie.
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